Une vocation découverte par hasard

Depuis quarante-sept ans, Shelomo fait naître de la pierre ou du bois des êtres hybrides issus de son imagination et influencés par sa vie et sa culture. Ses matériaux sont le granit ou le marbre, le grès ou la pierre blanche, parfois du bois. Tout un peuple de femmes, d’hommes, d’enfants vivant leurs émotions, leurs joies et leurs peines qui sont aussi celles de l’artiste. Né dans un ghetto en Pologne, il a connu de 13 à 17 ans l’horreur des camps nazis et approché la mort de très près. Puis ce fut les années de guerre en Israël. « A l’époque de la guerre d’Indépendance (1948), Rutfty, mon épouse, voulait une image de moi. Nous n’avions pas d’appareil photographique, alors j’ai sculpté un bout d’olivier, comme ça… cet exploit, car cela en était un pour moi, m’a donné envie de continuer. » Après des études de philosophie, la création d’un kibboutz, il est reconnu par l’Académie des arts de Tel-Aviv (Israël). Il arrive avec son épouse à Paris, en 1952, pour étudier aux Beaux-Arts, avec pour professeur Marcel Ginon « qui, dit-il, m’a tout appris. » Après, ce sera quelque temps la galère où, sans argent pour acheter des matériaux, il récupère les bordures de trottoirs en granit, pour les sculpter. Mais son talent est vite reconnu et c’est à Paris qu’il décidera de vivre.
La sculpture est, pour lui, un exutoire qui tente, encore aujourd’hui, d’effacer les années d’horreurs. « Au début de ma seconde vie, dit-il, celle d’après la guerre, l’étais assailli de cauchemars. En me confrontant à des masses de plusieurs tonnes de granit pour entre autres, des monuments commémoratifs comme celui du camp de Drancy, j’ai évacué un peu de ces horreurs. Ma femme, mes enfants, la vie ont fait le reste. » Le reste, c’est aussi l’évolution de sa sculpture. Autant celles du début étaient tourmentées, violentes avec des visages grimaçants, hagards, autant les périodes suivantes s’adoucirent. Peu à peu, la vie et le bonheur pansaient des plaies longtemps à vif. Des corps de femmes, d’enfants, entraient dans l’œuvre de Shelomo, les visages souriaient, les gestes étaient plus doux, l’espoir renaissait dans la pierre.

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