Le Meuble de Montpellier

Peu connu, le meuble le plus prestigieux de Montpellier est encore entouré de mystère. Comment s’appelle cette armoire? Tour à tour on l’a dite protestante, languedocienne, biblique, huguenote, cévenole… montpelliéraine, jamais. On l’a aussi baptisée de Sumène, petite localité des contreforts des Cévennes. En réalité, on la retrouve dans tout le Bas-Languedoc, de Nîmes jusqu’à Narbonne. Quoi qu’il en soit, l’armoire en question est grandiose. Elle date généralement du XVIIe siècle. Directement héritée de la Renaissance, dont elle a conservé le décor, elle est, par sa structure, de style Louis XIII : droite, posée sur des pieds robustes, rectilignes ou en boule plus ou moins aplatie. A première vue, elle évoque les meubles à deux corps, mais il s’agit bien d’une armoire à deux portes s’ouvrant sur toute sa hauteur. Encore soumises à l’influence de la Renaissance, ses portes sont ouvragées. Elles peuvent être divisées en six ou douze panneaux, plus exceptionnellement en huit : un modèle de ce dernier type est visible au Musée languedocien de Montpellier.

Héros antiques et quatre saisons.
Les riches sculptures de ces panneaux sont inspirées des thèmes des gravures de l’époque. De la Bible d’abord : création du monde et divers épisodes des Ancien et Nouveau testaments. Certains modèles sont à admirer au Musée du Vieux Nîmes. De la mythologie ensuite : nobles portraits équestres de héros antiques, comme ceux d’Alexandre de Macédoine et de César visibles sur une armoire du Musée Vulliod-Saint-Cermain de Pézenas. De la Renaissance enfin, avec les représentations des quatre saisons, par exemple. Les décors de feuilles d’acanthe – généralement réservés aux armoires à 12 panneaux – sont en revanche d’inspiration plus locale. Epanouies, les armoires sont surmontées d’un fronton triangulaire au décor exubérant. Des sirènes, des dragons… se mêlent à des rinceaux ou à de curieuses figures mi-humaines mi-végétales, dans une sarabande baroque. Armoires de prélat parfois, ces meubles sont le plus souvent des armoires de mariage. Les symboles de fidélité et de fécondité y abondent : fleurs, fruits, angelots enlacés… On peut aussi trouver des représentations plus truculentes, comme cette nymphe au corps végétal se pinçant les tétons au fronton d’une des armoires du Musée languedocien. Avec la Paix d’Alès, en 1629, entre catholiques et protestants, le Bas-Languedoc connaît un nouvel essor.

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